Cessez de vouloir "sauver" l'Afrique !

Cessez de vouloir "sauver" l'Afrique !
Dès que la colonisation formelle a pris fin, le monde « développé », ne misant plus sur une relation stable d'exploitation à long terme, a adopté la politique de la coupe à blanc, accéléré l'instrumentalisation des pays décolonisés et sabotés irrémédiablement leurs économies « après la colonisation c'est la colonisation.
Il l'a fait en faisant des « dons » aux pays sous-développés, surtout dans le secteur alimentaire. En donnant ses produits, plutôt que de les vendre, le monde développé a pu substituer facilement ses excédents commerciaux aux denrées et produits locaux et a naturellement causé la faillite des agricultures de subsistance. Les terres, devenues sans rentabilité pour les petits paysans, ont alors été acquises par des compagnies transnationales et affectées à des monocultures pour exportation, café, cacao, etc.
Les paysans ruinés ont été, dans les limites du besoin qu'on en avait, sans plus, transformés en travailleurs agricoles et utilisés dans ces monocultures, au plus bas salaire possible. Les autres ont dû migrer vers les bidonvilles, en banlieue de nouvelles mégalopoles, pour s'y agglutiner en un lumpenprolétariat d'où pourrait bien un jour sortir celui ou ceux qui seront notre Némésis.
Ce sabotage des petites exploitations agricoles des pays sous-développés est venu parfaire la mainmise des intérêts étrangers sur le secteur primaire, dont les branches minières, pétrolière, forestière étaient déjà sous le contrôle de ces derniers. Ceci a non seulement éliminé la possibilité que ces pays puissent maintenir une autosuffisance alimentaire, mais a eu aussi pour résultat d'empêcher que se constitue jamais un capital local qui aurait permis la création d'entreprises dans le secteur secondaire.
Dans le secteur secondaire, les pays sous-développés, déjà derniers arrivants sur la scène industrielle mondiale, ont eu le handicap supplémentaire de dépendre entièrement, pour la capitalisation de leurs industries, de la bonne volonté des pays développés c'est-à-dire de la bonne volonté de leurs concurrents déjà en place. Le développement industriel des pays sous-développés n'a donc pu qu'obéir à la rationalité de ceux qui assuraient son financement, une rationalité diamétralement opposée aux intérêts de ces pays eux-mêmes.
Sans secteur primaire ni secondaire rentable pour leur économie propre, pas de création de richesse matérielle. Les pays sous-développés ont donc été réduits à une mendicité structurelle systémique : la prémisse de base du fonctionnement de leurs économies est qu'elles seront déficitaires et que l'ajustement se fera par une écriture aux livres, disant qu'un « don » a été obtenu ou qu'une dette a été contractée dont il est sous-entendu qu'elle ne sera pas remboursée.
Les fonds générés pour la consommation ne pouvant pas supporter une structure de services modernes, ce qui y a été mis en place à ce titre dans les pays sous-développés a donc revêtu la forme de petits îlots de services, à l'usage exclusif des expatriés et d'une petite bourgeoisie locale. À ce quadrillage sommaire, on a surimposé un fonctionnariat qui ne sert pas à offrir des services, mais à créer des emplois, largement superflus, uniquement ou presque pour justifier la distribution, sous forme de salaires, de la part minimale, nécessaire pour que le pays ne se désintègre pas, des recettes obtenues de cette mendicité systémique.
Sans primaire, secondaire ni tertiaire adéquat, il n'existe, comme possibilité réelle d'enrichissement dans les pays sous-développés, que des activités de rapine. D'une part, un banditisme plus ou moins organisé, en grande expansion au rythme où les classes les plus défavorisées comprennent les règles du jeu néo-libéral et le rôle dévolu au crime dans son fonctionnement. D'autre part, une structure de corruption institutionnalisée qui est présente à tous les niveaux, culminant dans la vente éhontée par les pouvoirs publics aux étrangers de tout ce qui pourrait servir à sortir ces pays de leur marasme.
Cette corruption par paliers, directe et indirecte, est la première source de revenus dans les pays d'Afrique subsaharienne. Le clivage économique est donc brutal entre, d'une part, une frange de mafieux enrichis et une toute petite bourgeoisie qui exploite et détourne les fonds publics et, d'autre part, le reste de la population en voie de paupérisation.
Le même phénomène s'est produit jadis dans d'autres civilisations, en Europe au Moyen Âge par exemple, ce qui a permis alors que se développe une élite qui finalement est devenue la source de tout développement. Pourquoi les pays sous-développés d'Afrique subsaharienne ne peuvent-t-il pas suivre la même voie ?
Parce que le clivage économique recoupe parfaitement le clivage culturel que nous avons vu et qu'il n'y existe donc pas de solidarité, aucun sentiment d'appartenance au groupe. La toute petite bourgeoisie qui s'enrichit s'identifie totalement à l'Occident et ne voit le reste de la population que comme une autre société qu'elle ne tolère que parce qu'elle en tire in profit.
Pour cette raison, tous les revenus, gagnés ou volés en Afrique subsaharienne, dès qu'ils dépassent le niveau de la plus élémentaire subsistance, ne sont pas investis dans le développement du pays, mais sont immédiatement réexportés vers l'étranger, où l'on trouve des investissements parfois plus rentables, mais surtout toujours infiniment plus sûrs que ce que le pays peut offrir.
Sans solidarité, pas de développement. Sans solidarité, en fait, pas de société.

# Posté le vendredi 10 août 2007 21:50

Cessez de vouloir "sauver" l'Afrique !

Cessez de vouloir "sauver" l'Afrique !
Pas de sociétés en Afrique ? Attention ! Il existe des sociétés en Afrique ; elles suscitent même une solidarité parfois exemplaire. Mais ces sociétés sont au niveau de la famille élargie, du clan, d'ethnies, de groupes d'appartenance traditionnels « Tons » au sein de la société civile, pas si différents de ceux dont nous avons recommandé la constitution dans une Nouvelle Société. (712b. Au niveau des États composites issus de la décolonisation, cette solidarité n'existe JAMAIS.
Pour avoir des sociétés fonctionnelles en Afrique, il faudrait constituer des États au palier où la solidarité existe déjà. Ce n'est pas une option immédiatement accessible, car transformer en États les véritables groupes naturels d'appartenance, ce serait un retour à l'Afrique d'avant la colonisation. Ce serait éliminer les États actuels, ce qui ne pourrait être fait que les armes à la mais, puisqu'il n'y a pas un État d'Afrique qui ne se soit constitué un troupeau de vaches à lait de ses minorités et ne les exploite sans vergogne.
Le retour du pouvoir aux groupes qui suscitent une véritable appartenance ne sera possible sans effusion de sang, en Afrique subsaharienne, que dans le cadre d'une rationalisation globale de la gouvernance (714b. Cette rationalisation sera nécessaire en Afrique, sans doute plus que nulle part ailleurs, mais y tenter cette démarche serait aujourd'hui prématuré
Peut-on faire naître une solidarité en Afrique, au palier des États existants ? Que ce soit en Afrique ou ailleurs, il n'y a que deux voies qui conduisent vers la solidarité. La première mène à une solidarité d'appartenance qui est l'expression viscérale d'une identité commune ; la deuxième conduit à une solidarité d'intérêt et, dans sa forme achevée, correspond à une rationalisation de l'altruisme.
La première voie, celle qui exprime une identité commune, est aujourd'hui barrée en Afrique, puisque cette conscience d'une identité n'existe simplement pas dans les États artificiels qu'on y a créés. On peut tenter de l'encourager, mais il faudrait qu'elle naisse naturellement. Il faudrait des générations. Il faudrait une pensée commune, des symboles, des lieux de mémoire
Quelques guerres, aussi, comme celles qu'a connues l'Amérique latine durant sa turbulente gestation À mourir ensemble, on finit par s'apprécier, mais souvenons nous que, dans une seule de ces guerres sans rimes ni raisons et il y en a eu des tas ! - le Paraguay a déjà perdu les deux tiers de sa population. Est-ce le modèle à privilégier ?
Non seulement le sentiment d'appartenance à ces États artificiels d'Afrique n'existe pas, mais la volonté ferme de s'en retirer est souvent manifeste. Il y a au moins cent ethnies en Afrique qui ne veulent pas s'identifier à l'État où on les a parquées. Peut-on substituer à ce qui apparaît comme une impossible solidarité d'appartenance, une solidarité liée à des intérêts communs ?
Les critères ici sont connus. Dans l'aisance, oui. Dans la misère, non. Dans un pays riche déjà développée, une société peut garder l'adhésion de ses membres longtemps, même s'il n'y existe plus qu'un sentiment d'appartenance de façade, parce qu'elle est l'arène de leurs luttes et donc le lieu où ils se nourrissent. C'est l'attachement du charognard au charnier. Chacun retire quelque chose de la société et maintenir l'État vaut donc bien des compromis, voire des sacrifices.
On sait bien, cependant, qu'un intérêt commun est la plus précaire des bases pour une solidarité durable. Pour qu'elle soit stable, une telle solidarité implique que la richesse soit là qui permette que participer à la société soit une bonne affaire. Cette solidarité ne peut exister chez les classes défavorisées d'Afrique, puisque celles-ci ne retirent RIEN de leur participation à la société.
Quelque chose qui ressemble à la solidarité peut bien se manifester, parfois, entre miséreux, mais c'est la solidarité des jacques pour piller le château et s'en partager les dépouilles. Cette solidarité est ponctuelle. Elle est bien précaire, car rien n'est plus facile que de semer la zizanie au sein d'un groupe dont la motivation est strictement économique. Chaque élément du groupe peut en être facilement dissocié, simplement en satisfaisant ses attentes pécuniaires propres au détriment de celles des autres.
C'est une grave faiblesse de la solidarité par intérêt. Même s'il ne s'agit au départ que de « piller le château », quiconque veut maintenir la cohésion au sein d'un groupe se hâte donc d'ajouter, aux objectifs matériels de l'entreprise, une motivation supérieure qui soit à l'abri des tentatives qui seraient faites pour en provoquer l'éclatement. Pour en arriver à la solidarité, il faut qu'à l'intérêt on ajoute un cocktail de principes et de valeurs intangibles: Dieu, liberté, patrie, justice, fraternité, etc.
Quand on le fait, une vraie solidarité peut jaillir de la totale adhésion à une idée, à un principe à une cause, à un message. Cette solidarité peut devenir tout aussi émotive que celle qui naît d'un sentiment d'identité culturelle et, d'ailleurs, avec le temps, tend à s'assimiler de plus en plus à une solidarité d'appartenance au groupe porteur de l'idée, du message, etc. C'est l'esprit de corps des Chrétiens au Cirque, des Légionnaires à Camerone, des bonzes bouddhistes au Vietnam
Peut-on lier la solidarité au service d'une cause à la solidarité dans l'appartenance à un État qui rendrait ce dernier fonctionnel ? Un défi insurmontable, car si on tente, en ajoutant cette motivation supérieure à l'intérêt d'une participation à un État, d'obtenir une solidarité sincère et effective, on découvre que, paradoxalement, on en retire une solidarité d'autant plus sincère qu'on ne la souhaite pas effective.
La solidarité ne devient sincère que dans la mesure où l'on n'en attend rien. Elle peut alors être à elle-même sa propre justification, devenir inconditionnelle, se nourrissant même de chaque attaque dont elle est l'objet. La solidarité naît si le but n'est pas d'en retirer, mais de s'y donner. Dès qu'il y a un profit matériel à tirer de la solidarité, cependant, on découvre vite la corruption tapie dans l'ombre et
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# Posté le vendredi 10 août 2007 21:44

Cessez de vouloir "sauver" l'Afrique !

Cessez de vouloir "sauver" l'Afrique !
l'on revient au scénario initial d'une solidarité d'intérêt qui exige que la richesse soit présente ou promise.
Promise de façon crédible, ce qui aujourd'hui en Afrique n'est pas possible. Cette crédibilité exigerait qu'existe au départ cette richesse que permettrait la solidarité qui n'est pas, ce qui nous ramène à la case départ.
Si une solidarité au palier des Etats est impossible à créer en Afrique subsaharienne, même par intérêt, on comprend que ne peut s'y développer que cette solidarité au service d'une cause dont nous venons de parler, sans référence nationale, gratuite et sans allusion à un intérêt. Il est possible, probable même, que ce genre de solidarité naisse en Afrique. Mais ce ne sera pas sans périls.
Quand ceux qui se solidarisent autour d'une l'idée ou d'un message sont dans la position de faiblesse qui est celle des classes modestes d'Afrique, leur solidarité exige un engagement total, mais doit être internalisée. Les structures externes qu'ils mettraient en place pour encadrer et manifester cette solidarité, en effet, seraient incapables de résister à des attaques de l'extérieur dans un milieu hostile.
L'action qu'engendre cette solidarité ne peut être tournée qu'à grands risques vers une action extérieure, car ceux qui sont ainsi liés sont faibles et ne peuvent espérer d'aide que d'eux-mêmes. À l'extérieur, il y a l'ennemi : la force doit être en soi. Cette solidarité ne pourra être au départ que compensatoire et ne deviendra un outil de développement que quand elle sera instrumentalisée. Cette solidarité est donc discrète, souvent liée à une vive xénophobie.
Les solidarités qui répondent à ces conditions de gratuité, d'engagement total et d'internalisation naissent généralement de mouvements religieux. Ce qui est une tautologie, puisque nous pourrions définir le mouvement religieux comme celui qui n'apporte pas de gratifications matérielles immédiates, mais plutôt une gratification spirituelle. Une gratification internalisée, car même si on peut voir un « paradis »à l'extérieur, ce n'est toujours qu'une projection de soi-même. Un mouvement religieux repose sur une autorité ultime qui est parfaitement internalisée, sans quoi il n'est pas vraiment un mouvement religieux.

Que cette dictature soit brutale ou, au contraire, altruiste et éclairée, même si elle est la parfaite République de Platon, elle sera immédiatement en butte aux attaques ouvertes et occultes du monde développé. Officiellement, ce sera par respect pour la démocratie que le reste du monde refusera la légitimité de cette dictature. La vraie raison de cette opposition, cependant, sera que ce développement est simplement contraire aux intérêts égoïstes de la civilisation occidentale et des pays développés.
Les pays qui, au moment de leur indépendance ou plus tard, ont pensé capitaliser sur l'enthousiasme - la ferveur religieuse n'étant que la manifestation aujourd'hui la plus probable en Afrique de cet enthousiasme - ont vite dû rentrer dans le rang. Voir les exemples de la Guinée, du Ghana, etc. En fait, dans le monde entier, avec la notable exception de Cuba, il y en a peu qui soient parvenus à suivre cette voie bien longtemps et leurs efforts, toujours contrecarrés dans toute la mesure du possible par le système capitaliste, n'ont jamais pu donner que des résultats dérisoires.
Dans la situation actuelle, la genèse en Afrique d'une solidarité d'identification et d'appartenance ne peut passer que par un mouvement religieux ; or les conséquences de cette approche ne semblent pas bénéfiques. Y a-t-il une autre solution pour l'Afrique ?


# Posté le vendredi 10 août 2007 21:26

Modifié le vendredi 10 août 2007 21:41

Cessez de vouloir "sauver" l'Afrique !

Cessez de vouloir "sauver" l'Afrique !
Recoloniser l'Afrique ?

Il y a une autre solution. Il faudrait que puisse se développer en Afrique une culture de solidarité par intérêt, basée sur une rationalisation de l'altruisme. Quand tout le monde se donne la peine de ne pas faire chavirer la barque. C'est la solidarité que nous avons dans les pays développés. C'est la solidarité qui s'installe d'elle-même quand apparaît une certaine aisance et elle conduit toujours à une certaine démocratie.
Cette solidarité n'a rien de spectaculaire et elle n'inspire pas de poèmes ni d'épopées. Elle est, nous l'avons dit plus haut, le type d'attachement qu'éprouve le charognard pour son charnier. Elle se situe tout de même cent coudées au-dessus de ce qu'on peut trouver aujourd'hui en Afrique et elle est le seul le seul objectif raisonnable qu'on puisse fixer à un pays, disons, comme le Nigeria.
Une solidarité par intérêt, basée sur une rationalisation de l'altruisme, est une bonne solution. Le problème, c'est qu'il n'est pas possible que cette solidarité naisse spontanément de l'Afrique elle-même. En aucun pays de l'Afrique subsaharienne.
Le développement de ce modèle exige une relative aisance. Pas la richesse boursouflée pour quelques-uns, ceci ne fait que fournir à ceux-ci un visa de sortie hors de leur culture, laissant les autres un peu plus pauvres, mais une aisance largement répartie dans une classe moyenne. L'aisance minimale qui fait qu'il ne soit pas héroïque et incongru de ne pas prendre pour soi et seulement pour soi, absolument TOUT ce qu'on peut prendre du tronc commun.
Cette aisance minimale n'est possible que si débute en Afrique un partage de la richesse. Or, la scission économico sociale dans les pays subsahariens empêche un consensus sur toute redistribution de la richesse. Cela crée un dilemme insoluble. Une richesse minimale et une forme de redistribution de cette richesse sont nécessaires à l'éclosion d'une solidarité d'intérêts alors qu'une solidarité d'intérêts doit venir AVANT le développement qui produit la richesse.
Aucune gouvernance issue d'une société d'Afrique subsaharienne ne peut sortir de ce dilemme. En l'absence de consensus effectif pour une forme au moins rudimentaire de partage, il est impossible qu'une gouvernance issue d'un pays africain ait la moindre chance de vouloir et de pouvoir améliorer le sort de ses habitants. Une gouvernance pour le bien du peuple n'est possible en Afrique, que si elle se situe au-dessus des enjeux et des jeux de pouvoir locaux. Pour que soit fait en Afrique ce qui doit y être fait, il faut donc que la gouvernance en Afrique soit externalisée.
Ce qui mène à la conclusion politiquement incorrecte, mais vraie, que l'Afrique ne peut retrouver le chemin du développement que si, pour un temps, elle est gouvernée sans les Africains. Le temps que s'y mettent en place des structures de création de richesse et de distribution minimalement équitable de distribution de la richesse créée.
Ceci mène aussi à la conclusion, tout aussi politiquement incorrecte, mais tout aussi vraie, qu'il faudrait reprendre l'Afrique au point où nous l'avons laissée. Il faut donner à l'Afrique ce que la colonisation aurait dû lui apporter, si la colonisation avait été la mission civilisatrice qu'on a prétendu qu'elle était au lieu de l'entreprise d'exploitation et parfois de simple brigandage qu'elle a été.
Est-ce à dire qu'il faille recoloniser l'Afrique ? Non, le temps du viol est bien fini. Mais il faut chercher la solution à la situation actuelle en s'inspirant du modèle colonial. Quand on en regarde la réalité plutôt que les intentions, comment se présentait le modèle colonial dans sa réalité quotidienne ? Une présence policière et militaire qui venait répondre à un besoin pressant d'assurer l'ordre et la sécurité, au soutien d'une présence administrative visant à gérer honnêtement, là où la corruption et le népotisme avaient toujours régné. C'est ce dont l'Afrique avait besoin, il y a 100 ans et c'est exactement ce dont elle a encore besoin aujourd'hui.
Le modèle colonial était efficace ; il n'y a pas un pays d'Afrique subsaharienne où les structures administratives ne se soient pas détériorées depuis son indépendance. Les grands torts du modèle colonial étaient, d'une part, qu'il avait été imposé et non librement consenti et, d'autre part, qu'il ne fonctionnait pas pour le bien des pays colonisés mais pour celui des colonisateurs. Est-il possible de recréer une structure externalisée de gouvernance qui ait les avantages de la colonisation sans en avoir les torts ?


Le déroulement du partenariat

Le pays administrateur débarque avec armes et bagages. Surtout, avec ses experts qui viendront occuper tous les postes clefs de l'administration. Le problème du pays africain n'est pas, en effet, que le Ministre africain formé en Sorbonne soit moins doué que son homologue européen ; il l'est souvent davantage ! Le problème est que l'impact de ses idées et de ses directives ne va pas beaucoup plus loin que la porte de son cabinet.
L'infrastructure de cadres intermédiaires et de professionnels qualifiés qui permet que l'État soit une véritable machine à administrer et à contrôler n'existe pas dans les pays sous-développés. La masse de ceux qui prétendent en être aujourd'hui les rouages de la secrétaire qui tape les lettres au surveillant de chantier dans la brousse - n'ont ni la compétence ni surtout la motivation pour remplir cette fonction.
Une gouvernance venant de l'extérieur ne peut être efficace qui si elle s'appuie sur une structure administrative elle-même importée. Importée complète, sans même un hiatus où pourrait naître et grandir le désordre et la corruption. Le pays administrateur arrive avec toutes les ressources requises. Les lois du pays administrateur, sauf quelques exceptions dont on a pu convenir, se substituent aussi entièrement aux lois du pays administré, lesquelles pour la durée de l'entente n'ont plus valeur juridique.
Les frontières sont totalement ouvertes, dans les deux sens, au commerce entre le pays administrateurs et le pays administré. Dans toute la mesure du possible, le pays administrateur verra à ce que le pays administré puisse jouir des mêmes avantages d'import-export dont jouit le pays administrateur dans toutes ses ententes commerciales avec des tiers.
Si ses partenaires ne sont pas d'accord pour cette extension, dans ce domaine et dans ce domaine seulement, les produits du pays administré seront soumis à des conditions différentes, mais le pays administrateur fera les ajustements nécessaires à sa politique économique afin que ces empêchements soient supprimés le plus rapidement possible, ou il en dédommagera le pays administré.
Le gouvernement en place dans le pays administré, au moment de la signature de l'entente de partenariat intégral, devient un conseil consultatif ; tous ceux qui font partie du gouvernement font partie du nouveau conseil consultatif et reçoivent des avantages salariaux et autres significativement augmentés, pour les compenser du manque à gagner qu'ils pourraient subir du fait qu'ils ne gouvernent plus le pays administré.
Il n'y a pas à être mesquin sur ce point, car il n'y a pas de conditions si onéreuses qu'elle ne le soient moins que ce que la corruption aurait coûté. Toutes conditions qui sont transparentes sont acceptables et, ne l'oublions pas, seront ratifiées par référendum populaire.


Pas d'espoir chez ceux qui y sont ou en sont, pas d'espoir non plus chez ceux qui lui veulent du bien. On est passé de la sympathie à la condescendance, de la condescendance à la pitié puis, peu à peu, même cette pitié a fait place à un profond découragement et à un certain agacement.

# Posté le vendredi 10 août 2007 21:25

Cessez de vouloir "sauver" l'Afrique !

Cessez de vouloir "sauver" l'Afrique !
Dans un deuxième temps, se mettront sur les rangs les pays où la situation est tellement désespérante qu'on peut prévoir qu'il s'y formera des partis politiques dont le programme consistera à signer ce genre d'entente. Aussitôt qu'une issue démocratique sera ainsi donnée aux populations pour qu'elles s'expriment sur ce sujet, une grande partie du tiers-monde va choisir cette voix avec enthousiasme.
Dans beaucoup de pays, le parti qui offrira de négocier une telle entente sera porté au pouvoir avec enthousiasme contre ceux qui offriront simplement de faire pour le mieux avec les compétences dont eux-mêmes disposent, approche traditionnelle qui est déjà un peu partout discréditée.
Les partis qui veulent proposer cette approche pourront trouver assez facilement à se financer auprès des pays qui souhaiteront devenir les futurs administrateurs. Il est clair que ceux qui proposeront cette approche seront traités de traîtres et de quislings par leurs adversaires politiques mais, en bout de piste, c'est un référendum populaire sous contrôle des Nations Unies qui tranchera.Une démarche bien plus démocratique que la plupart des consultations électorales actuelles.
Quel est le résultat pratique d'un partenariat intégral ? Pour le pays administré, une véritable hausse de son niveau de vie, un véritable développement que l'immense majorité des pays ex-colonisés du tiers-monde n'ont pas connu depuis le départ de la puissance coloniale. Une augmentation du PNB de 10% par année n'est pas illusoire; nous répétons que la Chine y parvient. Ce taux de croissance quintuple en 20 ans le niveau de vie de la population. Chacun peut calculer l'effet de ce bond en avant sur l'un ou l'autre des pays de l'Afrique subsaharienne dont la plupart, depuis 20 ans, n'ont au contraire pas cessé de s'appauvrir.
Ce résultat est possible, parce que les investissements que requiert le pays et que, vu son instabilité politique et l'absence d'infrastructures valables, nul ne lui accorderait sans prendre le contrôle effectif occulte du pays ce qui est coûteux et périlleux vont devenir accessibles comme s'ils étaient réalisés dans le pays administrateur lui-même.
Le pays administrateur, pour sa part, a trouvé un débouché pour de nombreuses cohortes d'experts dont les salaires seront pris en charge par le pays administré. Il effectue une vente de services dans des conditions très favorables. Il s'est aussi fait un marché captif du pays administré, à la seule condition ne plus penser seulement à son propre profit, mais aussi aux véritables intérêts à long terme du pays administré.
C'est un marché qui restera captif, d'ailleurs, longtemps après la fin du contrat de partenariat, à cause des techniques siennes ou complémentaires aux siennes que le pays administrateur y aura introduites et de l'énorme marché pour les pièces de rechange et les produits de consommation qui continueront d'être nécessaires pour les équipements qu'il y aura installés. Ces avantages sont les mêmes que ceux d'avoir une colonie ; il n'est pas nécessaire d'en reprendre ici tous les détails.
Je ne peux penser à une meilleure façon de résoudre le problème du sous-développement. Je ne vois pas d'autre façon de sauver l'Afrique. C'est ainsi qu'on procédera dès qu'on y aura réfléchi. C'est ainsi que procédera une Nouvelle Société.

# Posté le vendredi 10 août 2007 21:22